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LES EVOLUTIONS DU FRANCAIS CONTEMPORAIN

Code EAN13: 9782845622135

Auteur : REY ALAIN

Éditeur : PASSE DU VENT


   Dispo 3 à 5 sem.
Hypertexte et hypermédia: les nouveaux espaces de l'écrit

Jean-Marie Klinkenberg

C'est une banalité que de le dire: notre entrée dans l'ère digitale a modifié profondément notre rapport à l'information, mais également celui que nous entretenons avec la langue qui est le support de cette information. Cette banalité est souvent énoncée dans des termes très lyriques: nous serions entrés dans l'ère de l'inouï. Le bouleversement - réel - est présenté en des termes si totalisants qu'on peine parfois à voir les points précis sur lesquels porte véritablement la nouveauté. Or il est important, pour les organismes de politique linguistique, s'ils veulent gérer cette nouvelle donne, de savoir exactement où résident ces innovations.

Traditionnellement, on nous dit qu'alors que le texte est un ensemble de paragraphes successifs se lisant du début à la fin, les données textuelles de l'hypertexte - et du coup de l'hypermédia, qui vient derrière lui - peuvent se lire selon différents protocoles. Nous pouvons décliner cette opposition brute dans une série de propositions. Tout d'abord, alors que le texte serait linéaire, se lisant depuis le début jusqu'à la fin, grâce à des règles syntaxiques privilégiant un enchaînement chronologiquement orienté, l'hypertexte verrait ces informations réparties en «noeuds», des noeuds associés par des «marques de connexion», qui sont l'équivalent des marques syntaxiques. Mais, à la différence de ce qui se passe dans la langue, ces noeuds seraient multidirectionnels, ce qui permet de passer d'un noeud à un autre non contigu; et d'autre part, ces passages seraient toujours optionnels et non pas obligatoires. Cela nous amène au deuxième point, c'est-à-dire la contrainte très forte des données textuelles: elles sont strictement hiérarchisées, alors que dans l'hypertexte, cette hiérarchisation serait beaucoup plus floue. Ces deux premières caractéristiques convergent pour en produire une troisième: le fait que le parcours textuel est rigoureusement balisé, le parcours hypertextuel se signalant par sa liberté. Voilà comment les choses sont, en général, présentées.

Toutefois, devant une telle description on se frotte les yeux et l'on se dit: «Mais le texte, lorsqu'il est écrit, correspond-il réellement à cette image?» Il y a là, à mes yeux, une surévaluation de la nouveauté. On pourrait plutôt dire que les nouvelles technologies radicalisent des phénomènes qui existaient déjà, grâce à une technique bien connue, qui est l'écriture. Bien connue et pourtant méconnue. En effet, on assigne en général à l'écriture des fonctions très simples, qui consistent à racheter les défauts de la parole orale. Celle-ci se distinguerait par son caractère volatil et par son faible rayon d'action. (Ne dit-on pas «les paroles s'envolent, les écrits restent»?) Donc, pour beaucoup - et c'est notamment le cas pour nombre de linguistes -, l'écriture serait simplement une sorte d'adjuvant de la langue orale, qu'elle stabiliserait et qu'elle rendrait transmissible à distance. Je voudrais, quant à moi, insister sur une autre caractéristique de l'écriture, qui m'apparait comme capitale: c'est que l'écriture fait passer la parole du canal oral au canal visuel. Or, la considération des canaux, qui est en général laissée de côté, est ici d'une grande pertinence. Le canal verbo-auditif et le canal visuel se distinguent sur un point phénoménalement important, qui est la grande puissance du canal visuel: celui-ci permet de traiter dans le même laps de temps 107 (donc 10 suivi de sept zéros) fois plus d'informations que le premier. Cela a pour conséquence que le canal visuel nous permet de traiter simultanément un très grand nombre d'informations. Mutation capitale, car voilà que cette langue qui était linéaire - ayant été mise au point sur la base du canal oral - devient spatiale; et cette spatialité (ce n'est pas la visualité comme telle, c'est son corollaire, la spatialité, qui définit l'écriture), cette spatialité peut à son tour être exploitée sur d'autres canaux, ainsi par exemple le canal tactile, comme nous pouvons le voir avec l'alphabet Braille.

(...)
  • ean
    9782845622135
  • Auteur
  • Éditeur
    PASSE DU VENT
  • Collection
    FAIRE CITE
  • Genre
    Essais littéraires
  • Date de parution
    21/09/2012
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    436 g
  • Hauteur
    205 mm
  • Largeur
    140 mm
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